TDL: Mythes et histoires des rhums de Trinidad
Rhum de TDL, entre mythes et légendes
À l’occasion de la réception du tout nouveau Rhum de chez Maison Ferrer, un magnifique assemblage de rhums de 10 à 16 ans en single casks millésimés 2016 et 2009, il me semblait intéressant de faire un petit point sur cette mythique distillerie de Trinidad dont on entend beaucoup de rumeurs.
TDL est donc la principale Distillerie de Trinidad et Tobago, indissociable de la marque Angostura, et encore plus de son bitter cocktail aromatique mythique. Mais l’histoire de cette Distillerie est aussi intrinsèquement liée à l’industrialisation du rhum dans les Caraïbes, à la fusion/acquisition des distilleries dans la seconde moitié du XXe siècle, et à la disparition de l’activité sucrière dans une grande partie des pays producteurs de rhum.
Histoire de la distillerie TDL
L’histoire de TDL commence en 1824 au Venezuela, quand un médecin allemand, du nom de Johan Gottlieb Benjamin Siegert met au point son bitter aromatique, qui, comme l’ensemble de ses congénères, a d’abord été commercialisé comme un médicament.
En 1875, la famille Siegert déménage sur l’ile de Trinidad, et il pose les premières pierres de la maison Angostura.
Dans les années 1930, la famille commence à s’intéresser à la production de rhum, car jusque-là elle achetait à des producteurs locaux les bases pour la fabrication de ses bitters. De plus, la matière première est disponible en abondance. Entre 1947 et 1949 a lieu la construction de la Distillerie, avec un début d’activité en 1949, avec son premier rhum « White Oak ».
L’avantage pour la famille de produire son propre rhum, est bien sûr de créer une activité secondaire de vendeur de rhum, au détail et en vrac pour les assemblages. À la différence de ses concurrents à cette époque, comme Caroni par exemple, TDL s’est directement équipé de colonnes de production, afin de produire de manière industrielle, sans passer par l’Alambic à repasse, souvent, synonyme de rhums plus lourds. TDL se dotera donc d’une première colonne Savalle pour ses productions.
NDLR : la Savalle est un type d’alambique à colonnes continue, inventé au 19ème siècle par le français Désiré Savalle. Contrairement à un alambic traditionnel qui fonctionne par charge et à repasse, cette colonne distille en continu : le » vi n » est injecté par le haut tandis que la vapeur est introduite par le bas. Dans sa colonne se trouve des plateaux, d’épuisement et de concentration, et la rencontre du Vin et de la vapeur, concentre l’alcool de manière rapide. Sa construction en cuivre permet d’éliminer certains éléments indésirables.

colonne Savalle
En 1973 TDL fait l’acquisition de Fernandes Distillers Limited, distillerie historique de l’île, et du même coup élargi son portefeuille de marques et met la main sur un énorme stock de rhums vieillis. Parallèlement à ce achat, la Distillerie se rapproche déjà de Bacardi pour la commercialisation internationale de ses productions.
A partir de 1975 et jusqu’à la fin des années 90, la Distillerie s’équipera de trois nouvelles multi-colonnes de la marque Herrmann (GH1, GH2 et GH3). C’est également durant les années 90 que Angosture 1919 deviendra le rhum référence de la distillerie.
Au début des années 2000 a lieu l’un des épisodes les plus mythiques de l’histoire du rhum moderne : la fermeture de la Distillerie Caroni. Nous pourrons consacrer un article entier à Caroni, tant il y a de choses à débunker à ce propos.

Trinidad Distillers Limited
Aparté : Caroni
Caroni a commencé son activité en 1918 sur l’Île de Trinidad, intimement liée à l’activité et l’industrie sucrière locale. En 2003, la distillerie arrête son activité. De là de nombreuses légendes sont apparues, notamment autour de Luca Gargano et Maison Velier, qui aurait selon ses dires, découvert un stock dormant de Caroni. En réalité, autant le gouvernement que les acteurs du rhum locaux connaissait très bien l’état des stocks de Caroni. Une partie sera racheté par TDL, puis Habitation Velier en rachètera successivement plusieurs lots. D’autres fûts seront également achetés par Bristol, et Scheer, deux brokers historiques, entre autres.
Si on associe souvent TDL et Caroni, c’est parce que certains millésimes de TDL ont été vieilli en ex-fûts de Caroni, mais les profils aromatiques sont souvent bien différents. Il faut également faire attention aux confusions : un TDL de 2003, ne sera pas un Caroni !
La Production
La matière première et la fermentation :
C’est donc à partir de la mélasse que TDL produit ses rhums depuis ses origines. La mêlasse est un résidu sucré de la production sucrière, c’est-à-dire le sucre non cristallisable qu’il reste lors de la production de sucre de canne. Cependant, en 2007, la dernière sucrerie de l’île ferme, obligeant depuis la distillerie à importer ses mélasses.
Pour la fermentation, elle se déroule dans 10 cuves en acier inoxydable de 150 000L chacune, pour des temps de fermentation de 24 à 36 heures à environ 33°, produisant un vin ou wash à environ 8%.
La Distillation :
Les trois ensembles de cinq colonnes dont nous avons parlé auparavant, dont les fonctions sont différentes (extraction de l’alcool, hydrolélection des composés volatils, rectification, affinage et récupération de l’alcool), servent avec l’utilisation des cinq colonnes en même temps à la production de rhums de style léger (light rhum), alors que les rhums plus lourds utilisent principalement la première colonne d’extraction (heavy rhum). Ces rhums lourds sortent de l’alambic à environ 80%, avec une concentration en congénère de 300 à 400 g par hectolitre.
Cependant, grâce aux assemblages de ses rhums légers et lourds, et des réglages potentiels des alambics, qui ne sont pas toujours les mêmes, la distillerie arrive à produire une large palette de rhums aux particularités organoleptiques bien différentes.

Une des 3 colonne moderne
Le vieillissement :
La majorité des productions vieillissent dans d’anciens fûts de Bourbon, répartis dans cinq chais, contenant chacun environ 75 000 fûts. Quand les rhums légers sont mis en fût à environ 75 %, les rhums plus lourds sont enfûtés entre 55 et 65 %, et peuvent vieillir bien plus longtemps que les lights rhums.
Le climat tropical peut donner des arômes fabuleux et une énorme concentration aromatique, bien que la part des anges soit très élevée, environ 6 % par an.
Les Marques :
TDL produits aujourd’hui différentes marques, dont les historique Agostura et Fernandes. Et l’on retrouve également régulièrement des lots chez les embouteiller, indépendant du monde entier, souvent présenté en single cask et en brute de fût.
Conclusion
TDL et devenu au fil du temps, et depuis l’appétence des amateurs de rhums pour les profils particuliers, une des très grandes Distillerie du monde du rhum. Le côté versatile de ses productions permet à n’importe qui de pouvoir apprécier ses rhums, blancs ou vieillis, réduit à 40° ou en brut de fût. De notre côté chez Bar Spirit, nous aurons un amour particulier pour les rhums plus lourds, évidemment !

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